PISTES BIBLIOGRAPHIQUES 1

PASOLINI Pier Paolo. Ecrits corsaire. Flamarion, 1976.

Avant de s’écrouler, le 1er novembre 1975, sur une plage d’Ostie, Pier Paolo Pasolini file des clés pour le monde à venir. Schématique, sûrement. Définitif, à tous les coups. Excessif, souvent. Paradoxal, parfois. Réducteur, sans aucun doute. Et pourtant.

Les Écrits corsaires méritent encore le détour, parce que, dans une vision cauchemardesque, Pasolini jette un regard sur l’Italie – mais pourquoi, aujourd’hui, limiter la lecture à l’Italie ? – où le centre annule toutes les périphéries. Il y a de l’écho, pas vrai ? Qu’on appelle, dans la ligne de Pasolini, ce phénomène, « fascisme » ou qu’on préfère réserver le terme au régime instauré par Mussolini, n’a, au fond, qu’une importance de surface. Seul compte le processus, et sa dénonciation. Par la frénésie hédoniste qu’elle entraîne, la société de consommation sert, à en croire Pasolini, à confondre les cultures particulières et à imposer un plus petit dénominateur commun à tous.

LEFEBVRE Henri. Le droit de la ville 1968. Economica, 3°édition 2009 .

L’urbain manifeste aujourd’hui son énormité, déconcertante pour la réflexion, l’action et même l’imagination. Sens et fin de l’industrialisation, la société urbaine se forme en se cherchant et oblige à reconsidérer la philosophie, l’art et la science qui ne peuvent éviter la confrontation avec cet objet nouveau. Ce qui oblige à concevoir une stratégie de la connaissance, inséparable de la stratégie politique. Selon quel axe penser cette stratégie du savoir ? Vers l’entrée en pratique d’un droit : le droit à la ville, à la vie urbaine, condition d’un humanisme et d’une démocratie renouvelés. Ce livre fondateur a été prolongé par Espace et politique, Du rural à l’urbain, La production de l’espace.

DEBORD Guy. La société du spectacle. Gallimard, 1967, 3° édition, 1992

Guy Debord (1931-1994) a suivi dans sa vie, jusqu’à la mort qu’il s’est choisie, une seule règle. Celle-là même qu’il résume dans l’Avertissement pour la troisième édition française de son livre La Société du Spectacle : «Il faut lire ce livre en considérant qu’il a été sciemment écrit dans l’intention de nuire à la société spectaculaire. Il n’a jamais rien dit d’outrancier.»

HARVEY David, Le capitalisme contre le droit à la ville. Ed. Amsterdam,2011

Que peut bien vouloir dire « droit à la ville » ? Cette interrogation est indissociable d’une multitude d’autres questions. Quelle ville voulons-nous ? Quel genre de personnes voulons-nous être ? A quelles relations sociales aspirons-nous ? Quelle vie quotidienne trouvons-nous désirable ? Quelles valeurs esthétiques défendons-nous ? Quel rapport à la nature souhaitons-nous promouvoir ? Quelles technologies jugeons-nous appropriées ? Le droit à la ville ne se réduit ainsi pas à un droit d’accès individuel aux ressources incarnées par la ville : c’est un droit à nous changer nous-mêmes en changeant la ville de façon à la rendre plus conforme à nos désirs les plus fondamentaux. C’est aussi un droit plus collectif qu’individuel, puisque, pour changer la ville, il faut nécessairement exercer un pouvoir collectif sur les processus d’urbanisation. Il importe dans cette perspective de décrire et d’analyser la manière dont, au cours de l’histoire, nous avons été façonnés et refaçonnés par un processus d’urbanisation toujours plus effréné et étendu, animé par de puissantes forces sociales et ponctué de violentes phases de restructurations urbaines par « destruction créative », ainsi que par les résistances et les révoltes que ces restructurations suscitaient. On saisira alors toute l’actualité de la thèse d’Henri Lefebvre : le processus urbain étant essentiel à la survie du capitalisme, le droit à la ville, autrement dit le contrôle collectif de l’emploi des surplus dans les processus d’urbanisation, doit devenir l’un des principaux points de focalisation des luttes politiques et de la lutte de classe.

HARVEY David, Géographie de la domination. Ed. Les Prairies Ordinaires,2008

Depuis la fin du XVIIIe siècle, la logique d’accumulation du capital a bouleversé les équilibres économiques et politiques mondiaux, les rapports de force et de domination, la technique et le travail, la production des richesses et les manières de les consommer… Ceci appartient à l’histoire du capitalisme ; ce qui intéresse David Harvey, c’est aussi sa géographie : le pouvoir de détruire ou de construire, de façonner les espaces, de s’approprier la terre, de reconfigurer le visage des villes, de modifier en profondeur l’urbanisme et l’architecture, de changer notre rapport au temps et à l’espace. Dans ce livre, David Harvey nous montre à quel point le capitalisme mondialisé est marqué par la nécessité – pour acquérir de nouvelles rentes de monopoles – d’encourager la production de singularités culturelles locales. Ainsi peut-on lire par exemple les principales reconfigurations urbanistiques et architecturales de ces dernières années. Il s’attache aussi, dans un texte majeur, à y définir une  » géopolitique du capitalisme « , en montrant comment la logique d’accumulation du capital l’oblige à trouver des solutions spatiales aux contradictions qui le minent.

AUGE, Marc. Où est passé l’avenir ?. Editions du Panama, 2008.

Depuis quelques siècles, le temps était porteur d’espérance. On attendait ainsi de l’avenir apaisement, évolution, maturation, progrès, croissance – ou révolution. Ce n’est plus le cas. L’avenir a pratiquement disparu.
Un présent immobile s’est abattu sur le monde, défaisant l’horizon de l’histoire comme les repères des générations. D’où provient cette éclipse ? Pourquoi l’avenir s’est-il évanoui, dans les consciences individuelles comme dans les représentations collectives ? Existe-t-il des remèdes, des issues de secours ?
Pour répondre, Marc Auge scrute, avec précision et clarté, les dimensions multiples de la mondialisation, notamment ses aspects politiques, scientifiques, symboliques. Il indique les causes de notre crise de la temporalité, et propose une solution d’espoir.

Marc Augé, ancien président de l’École des hautes études en sciences sociales, est l’un des grands anthropologues contemporains. Après des travaux consacrés aux prophétismes africains (Togo, Côte d’Ivoire) et des ouvrages d’analyse théorique, il s’est tourné vers une approche anthropologique de notre quotidien – La Traversée du Luxembourg (Hachette, 1985), Un ethnologue dans le métro (Hachette, 1986) – et vers une réflexion sur le destin du monde contemporain.

ARAGON, Louis. Le Paysan de Paris. Gallimard, 1973.

Ce livre est né d’un sentiment inédit du paysage parisien. Comme un paysan ouvrant à tout de grands yeux, le poète nous apprend à voir d’un regard neuf les passages, les boutiques des coiffeurs à bustes de cire, les bains, les immeubles les plus ordinaires, les affiches, les extraits de journaux, semblables aux collages des peintres. Deux morceaux célèbres du livre, Le Passage de l’Opéra et Le Sentiment de la nature aux Buttes-Chaumont donnent l’éveil à «la lumière moderne de l’insolite». Deux autres textes essentiels du Paysan de Paris : Préface à une mythologie moderne et Le Songe du paysan, en sont à la fois l’introduction et la conclusion, le point de départ et le point d’arrivée d’une pensée prise dans sa variation.

Né à Paris le 3 octobre 1897, Aragon rencontre Breton et Soupault avec qui il fonde la revue Littérature en 1919. Il adhère au parti communiste en 1930, préside avec Jean Paulhan et Elsa Triolet à la fondation du Comité National des Écrivains et avec Jacques Decour à celle des Lettres françaises. Il meurt à Paris le 24 décembre 1982.

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